• Axel Couton

Quel est l'impact de l'automatisation des tâches sur les acteurs de la traduction ?


À mesure que les technologies de l'information et de la communication évoluent, on constate que de plus en plus de tâches informatiques peuvent être automatisées. Les raisons sont multiples : standardisation des procédures, simplification des tâches, gain de temps et d'argent, etc.

Cependant, dans quelle mesure cela impacte-t-il le marché de la traduction ? Quelles sont les retombées de l'automatisation des tâches sur le métier des acteurs de la traduction ? Nous allons essayer de répondre à cette question en nous penchant sur les exemples du·de la traducteur·trice et du·de la chef·fe de projets.



Quelles est l'impact de l'automatisation des tâches sur la traduction ?


L’automatisation des tâches du·de la traducteur·trice


Pour gagner sa vie aujourd'hui en tant que traducteur·trice, il ne suffit plus de maîtriser une langue étrangère en plus de sa langue maternelle. En effet, le nombre croissant de traducteurs·trices sur le marché pousse de plus en plus les professionnels·les de la traduction à se spécialiser. Que ce soit en choisissant une ou plusieurs autres langues sources, ou en se spécialisant dans un domaine (juridique, marketing, médical, etc.), les linguistes qui désirent se démarquer de leurs confrères et consœurs ressentent la nécessité d'ajouter une ou plusieurs cordes à leur arc.


Au fil des vingt dernières années, la spécialisation est progressivement devenue un argument de vente primordial pour bon nombre de traducteurs·trices professionnels·les. C'est d'ailleurs devenu une des seules manières d'inverser la chute des prix des prestations de traduction. Ainsi, un·e traducteur·trice spécialisé·e dans la combinaison anglais > français avec une spécialisation juridique, pourra (à expérience égale) fixer des tarifs plus élevés qu'un·e linguiste proposant un service de traduction plus généraliste dans la même combinaison de langues.


Il apparaît donc que pour le·la traducteur·trice, la spécialisation est un moyen relativement efficace pour lutter contre la baisse de ses tarifs, en partie due à l'automatisation croissante des tâches au sein de la profession. Mais qu'en est-il du·de la chef·fe de projets ?


L’automatisation des tâches du·de la chef·fe de projets de traduction


Le·la chef·fe de projets, au même titre que le·la traducteur·trice, est influencé·e par l'automatisation des tâches. L'émergence de solutions de gestion de projets quasi-automatisées ces dernières années (TPBox, Plunet, Multitrans) en est la preuve. Mais quel est l'impact réel de ces outils sur le métier du·de la chef·fe de projets ?

Les outils d'aide à la gestion de projets proposent des solutions globales permettant d'automatiser la quasi-totalité des tâches du processus de gestion de projets.

La création de devis, les calculs de tarifs, la communication avec le client et les sous- traitants, sont des opérations prises en charge par ces outils. Pour la communication avec le client et les traducteurs·trices, ces outils proposent même des modèles de messages et de documents préconçus.


L'idée est qu'en automatisant ces tâches, le·la chef·fe de projets pourra créer une véritable relation de confiance avec ses clients et ses prestataires, en prenant davantage de temps pour communiquer avec eux au téléphone par exemple. Ces plateformes d'aide à la gestion de projets aideront également le·la chef·fe de projets et son équipe à respecter une cohérence dans leur travail et à réduire les erreurs (mauvais calculs, fautes d'orthographe et de syntaxe, etc.).


Cependant, ces outils sont tellement simples à prendre en main qu'un individu lambda dont la gestion de projets ou la traduction n'est pas le métier pourrait facilement apprendre à s'en servir. Cela pose le problème de la reconnaissance du métier et des capacités que son exercice demande.


En somme, deux profils de chefs·fes de projets différents peuvent émerger de l'utilisation d'un tel outil :

  • D'un côté, le·la chef·fe de projet professionnel·le qui profitera du gain de temps apporté par l'automatisation de certaines tâches pour développer la relation avec le client et les traducteurs·trices, tout en cherchant continuellement à améliorer ses processus de travail.

  • De l'autre côté, la personne qui se contentera d'en faire le minimum grâce à l'automatisation des tâches et qui pourra être remplacé par n'importe quel autre individu dont la gestion de projets n'est pas le métier.

Il en ressort donc que même si l'introduction de ces outils d'automatisation des tâches de gestion de projets peut permettre à certains professionnels·les consciencieux d’avoir une meilleure vision sur les processus dont ils ont la charge et, ce faisant, de se libérer des tâches répétitives ou chronophages, elle peut également tirer le métier vers le bas. Cet argument est également valable pour le·la traducteur·trice et les outils de TAO (traduction assistée par ordinateur) qu’il utilise.


Le cas de la traduction automatique


La traduction automatique consiste à utiliser des outils et des moteurs linguistiques qui vont traduire à la place d’un être humain, avec plus ou moins de succès.

Ces dernières années ont vu l'émergence de différentes technologies de traduction automatique comme les outils linguistiques, statistiques, hybrides et neuronaux. De nombreux professionnels et particuliers dans le monde entier les utilisent quotidiennement pour traiter leurs contenus.


Les sociétés qui développent et mettent ces outils en place (Google, Reverso, Systran, Microsoft, etc.) sont parvenues à se positionner au premier plan du marché de la traduction grâce à leurs solutions simples, rapides et relativement peu onéreuses (parfois gratuites). Nous parlerons ici de la traduction automatique au sens large du terme (regroupant toutes les sortes d'outils). Que penser des performances générales de ces outils ainsi que l'impact qu'ils ont sur les professionnels·les qui les utilisent et sur les acteurs·trices de la traduction ?


Pour une entreprise ayant des besoins de traduction, le recours à des traducteurs·trices humains·nes peut sembler onéreux et chronophage. En effet, beaucoup de professionnels·les ne se rendent pas compte de ce que le métier de traducteur·trice implique et se demandent sérieusement si le prix des prestations de traduction est justifié. Ces entreprises peuvent donc être séduites par l'alternative de la traduction automatique, qui leur permet de faire traduire leurs documents en un temps record et à moindre coût.


Cet état de fait est de prime abord préjudiciable au·à la traducteur·trice humain·e car les entreprises ont tendance à moins le·la solliciter et à demander des baisses de tarifs apparemment trop élevés. Cependant, la traduction automatique n'est pas réellement une solution « clé en main » en ceci qu'elle ne propose pas un service de qualité professionnel sans intervention humaine dans la plupart des cas.


Certaines entreprises l'ont remarqué, et n'utilisent la traduction automatique que pour des documents internes, à des fins de compréhension uniquement. Pourtant, d'autres professionnels·les diffusent certains contenus traduits automatiquement sans les avoir fait contrôler (post-éditer) et se retrouvent parfois en mauvaise posture.


En effet, diffuser un contenu erroné, mal formulé ou rempli de fautes a un impact négatif sur le message et l’image de marque d’une entreprise. C'est un phénomène qui touche un certain nombre de grands groupes, trop pressés ou ne souhaitant pas payer le prix d’une traduction humaine. Il ne faut cependant pas noircir le tableau : la traduction automatique est en constante évolution et offre parfois des résultats satisfaisants, voire bluffants dans certains contextes. C'est notamment le cas des nouveaux moteurs de traduction automatique fonctionnant avec des réseaux de neurones artificiels, basés sur les avancées de l'intelligence artificielle et du deep learning.


Le·la traducteur·trice humain·e, quant à lui·elle, à plusieurs choix lorsqu'il·elle est confronté·ée à cette réalité. Il·elle peut travailler avec des clients n'utilisant pas la traduction automatique. Il·elle peut baisser ses tarifs pour rendre ses prestations plus attractives, ou il·elle peut également s'adapter. La post-édition est le résultat de cette adaptation.





En quoi consiste la post-édition ?


Un contenu post-édité est un document ayant été traduit automatiquement sur lequel un·e traducteur·trice humain·e effectue une relecture poussée pour supprimer les fautes éventuelles et remanier des éléments mal traduits ou erronés. Le·la post-éditeur·trice est en principe capable de traiter davantage de mots qu'un·e traducteur·trice classique, selon l'efficacité de l'outil de traduction automatique utilisé.


Ainsi, la post-édition est depuis quelques années une discipline en pleine croissance dans le monde de la traduction. Les prestations d’un·e post-éditeur·trice se monnaient moins cher que celles d’un·e traducteur·trice et sa charge de travail dépend des performances des outils de traduction automatique ainsi que des exigences du client.

Le métier de traducteur·trice est donc en évolution du fait de l'utilisation croissante de la traduction automatique par les professionnels·elles.


De nouveaux métiers de la traduction


À quoi ressemblera le marché de la traduction de demain ? Il est difficile de le prévoir. Cependant, nous pouvons émettre quelques hypothèses, parmi lesquelles la démocratisation de plusieurs catégories de linguistes :

  • Le·la post-éditeur·trice (évoqué plus haut), très productif·ve dont le travail est foncièrement différent de la traduction classique.

  • Le·la traducteur·trice « ultra-spécialisé·e », maîtrisant des combinaisons de langues rares ou des domaines recherchés, qui pourra se faire payer plus cher ou du moins, maintenir ses tarifs.

  • Le·la traducteur·trice classique très productif·ve, capable de traduire de gros volumes (plus de 3000 mots/jour) tout en assurant un haut niveau de qualité à ses clients. Cette personne utilise des outils (Logiciels de TAO, logiciels de reconnaissance vocale) qui lui permettent d’accélérer son travail sans sacrifier la qualité. Ses tarifs seront plus bas que le·la traducteur·trice spécialisé·e dans des domaines recherchés et/ou dans des combinaisons de langues rares, mais le grand volume de mots traités compensera cet écart.

  • Le·la linguiste qui élargit le champ de ses compétences, en y ajoutant d’autres prestations à plus forte valeur ajoutée comme la gestion de projet ou le sous-titrage par exemple.


Le profil de traducteur·trice « classique », quant à lui, qui ne maîtrise qu'une combinaison courante de langues (type anglais > français) et n'est ni spécialiste d'un domaine précis, ni particulièrement productif risque d’être peu-à-peu « noyé dans la masse » et mis à l’écart, au profit des catégories évoquées plus haut.


Ce sera sans doute le cas si les deux tendances actuelles, à savoir la baisse des tarifs des traducteurs et la croissance rapide des outils de traduction automatique et d'automatisation des tâches de traduction en général, continuent leur essor dans les années à venir.



L'essor de nouveaux profils de traducteurs·trices

Alors l’automatisation, est-ce bon ou mauvais ?


Pour conclure, l'automatisation des tâches dans le monde de la traduction amène forcément une évolution profonde des métiers des acteurs·trices et des processus de traduction. Il convient d'éviter que ces nouveaux outils entraînent une dépréciation des métiers de la traduction. Il appartient donc aux professionnels·les de la traduction de transformer l'essai, en mettant leurs compétences à niveau, en continuant à apprendre de nouvelles choses et plus que tout, en gardant l'esprit ouvert.

0 vue

©2019 par DEALettant.

SIRET : 523 596 492 00034 / APE : 7022Z

RENNES

Créé avec Wix.com